Pratiques-tu d'autres formes d'art?Allo Julien! Pour commencer, peux-tu nous parler de ton parcours? Comment t'es-tu tourné vers la céramique?
J’étais dans une impasse artistique. J’avais le désir de créer quelque chose de nouveau et de me remettre à apprendre. La musique ne fonctionnait plus vraiment pour moi depuis quelques années, et je sentais l’impasse que la cuisine amenait. Le travail de soir et l’isolement commençaient à peser
dans mon quotidien.
Comme beaucoup de bonnes histoires, celle-ci commence tard dans un bar. Je me suis lié d’amitié avec une inconnue; nous avions un parcours similaire, avec vingt ans d’écart. Nous avions même eu le même professeur de cuisine à l’ITHQ. Je lui parlais de mon rêve d’ouvrir un restaurant, chose qu’elle avait déjà faite.
Elle m’a regardé dans les yeux et m’a dit de faire de la céramique.
Elle venait de faire l’école de céramique Bonsecours à 40 ans, et c’était sa nouvelle passion. C’est une histoire étrange, mais vraie. Le lendemain, je regardais des vidéos sur YouTube pour apprendre les bases. J’ai acheté un tour, transformé mon petit studio de musique qui prenait la poussière en atelier de poterie, puis j’ai commencé à tourner dans mon appartement à Verdun.
La vie peut être drôle comme ça.
Pratiques-tu d'autres formes d'art?
Mon parcours est marqué par la musique. J’ai étudié au niveau collégial et universitaire et joué dans des ensembles de jazz, des orchestres et des groupes rock. Aujourd’hui, la musique est plus intime et j'apprends le banjo pour le plaisir. Elle continue néanmoins d’influencer mon rapport au rythme et à la répétition.
Je me suis ensuite tourné vers la cuisine professionnelle. J’ai eu la chance de travailler dans des endroits où je pouvais me laisser aller ma créativité et inventer des plats régulièrement. C’était une belle façon de partager ma créativité au quotidien.
Plus récemment, la danse en ligne et le country two-step ont pris une place importante dans ma vie. Enseigner et pratiquer la danse me reconnecte au corps, au mouvement et à la musicalité. Ce sont des éléments qui nourrissent aussi mon travail en céramique.
Quel est ton remède contre la panne d'inspiration?
Je travaille toujours sur deux collections en parallèle. J’alterne environ chaque mois entre les deux.
Cette alternance me permet de garder une distance critique, de m’ennuyer de certaines formes ou couleurs, puis d’y revenir avec un regard neuf.
Ce rythme me laisse aussi l’espace pour explorer des pièces à plus grand volume, sans pression de répétition et de production.
Quelles sont tes inspirations du moment?
Je suis beaucoup de potiers en ligne. Cet art est très visuel, et la quantité ainsi que la qualité du contenu disponible aujourd’hui est une vraie mine d’or.
Moondobang m’inspire par sa maîtrise et sa précision. J’adore ses grandes pièces et la rigueur de son travail. Il utilise très peu de couleur, et pourtant ses pièces ne semblent jamais incomplètes.
Bianca Pintan m’inspire pour ses couleurs et ses textures. En découvrant son travail, j’ai eu envie d’intégrer des couleurs plus vives à ma collection en porcelaine.
Steve Brown m’inspire par ses glaçures et ses formes simples et rustiques. Ce sont surtout ses glaçures qui me marquent : elles sont toujours changeantes et interagissent subtilement avec les
textures de ses pots.
Tom Kemp m’intéresse pour le dialogue entre la forme et le pinceau. Il a été calligraphe avant d’être potier, il parle souvent de langage et de rythme dans ses pièces, une idée qui me parle beaucoup.
Comment choisis-tu les terres et glaçures avec lesquelles tu travailles?
Je travaille beaucoup la porcelaine. C’est une terre noble, délicate, que j’aime tourner. Pour moi, il était important de garder sa blancheur à l’avant-plan. J’ai donc cherché des façons d’y ajouter des accents de couleur avec des pigments ou des oxydes. Après plusieurs tests, cette recherche est
devenue une collection.
Ma collection en grès a été ma première vraie collection. J’aime l’effet d’une terre riche en fer sur les glaçures. Je retravaille souvent mes recettes avec cette série. J’ai commencé à faire des pièces plus texturées et j’ai modifié ma glaçure « aubergine » pour qu’elle interagisse mieux avec ces nouvelles surfaces.
En ce moment, je travail sur un blanc plus chaud pour remplacer ma glaçure « poivre & sel », un blanc qui cassera légèrement couleur rouille sur les arêtes.
Comment définirais-tu ton style?
Je dirais que mon style se définit dans les contrastes.
Je m’intéresse à la tension entre formes angulaires et formes rondes, entre couleurs vives et glaçures plus terreuses, entre surfaces lisses et textures marquées, mais aussi entre petits
formats utilitaires et pièces de plus grand format.
J’aime travailler ces oppositions comme un langage.
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